Le Petit Cîteaux

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Sept siècles cisterciens

‍Une abbaye de cette envergure doit être considérée comme une petite cité. Les besoins en eau les plus divers doivent être satisfaits alors qu’il n’y a pas de rivière.

‍L’eau, question majeure

‍Aucun cours d’eau, mais de l’ingéniosité

‍Les sources évoquent environ soixante-dix moines de chœur au tournant des XIIe et XIIIe siècle. Les moines convers — moines de second rang —, sont destinés plutôt à gérer les dépendances extérieures.

‍Dans pareil contexte, une communauté de plusieurs dizaines d'individus ne peut vivre sans un accès fiable à l’eau. Il faut de l'eau pour la boisson, la cuisine, la  boulangerie, la pisciculture, les jardins, la toilette, les latrines, la gâche du mortier, etc. Sans compter l’eau pour abreuver les animaux domestiques à demeure au sein de la grande clôture ou dans les enclos des dépendances ; sans oublier l’eau nécessaire en abondance pour la pisciculture.

‍Pourtant, dans cette clairière ou à proximité, pas le moindre cours d’eau. Cela n’a manifestement pas été un obstacle pour le choix du lieu. C’est à noter, car à notre connaissance semblable décision est extrêmement marginale chez les cisterciens. 

‍Des puits seront creusés pour l’eau alimentaire. La production de pain en quantité impliquait des volumes importants d’eau. Ce pain constituait alors la nourriture de base des moines et des personnels. Il matérialisait également l’aumône distribuée par les moines aux indigents.

‍Pour le captage des eaux non-alimentaires, des travaux d’aménagement considérables seront engagés pour faire converger l’eau de pluie de la forêt vers l’abbaye. La topographie le permettait. 

‍Les eaux, ayant traversé l’enclos, puis les divers étangs en aval, finiront leur parcours dans le Baignon, une petite rivière qui elle-même se jette dans le Loir.

‍Si les moines n'ont pas eu à défricher la clairière, ils se sont engagés dans des travaux, titanesques pour l'époque, afin d'aménager un système hydraulique d’ampleur, autant dans l’enclos de l’abbaye, qu’en périphérie.

‍Un réseau hydraulique complexe

‍D’après nos observations, au sud-ouest de la clairière des dizaines de drains collecteurs, long parfois de plusieurs kilomètres, ont été creusés en forêt, convergeant en deux points au niveau sud-ouest de la grande clôture du monastère. 

‍Pour le premier point, nous observons dans la clairière — quasiment à la perpendiculaire du mur d’enceinte — la trace d’un grand réservoir (à quelques dizaines de mètres du carrefour de la Croix Rouge, là où se situait la première porterie permettant d’accéder au chemin rejoignant la voie romaine désigné à l’époque comme Chemin du Comte. Du point de vue de la pente, il est situé en amont des bâtiments claustraux ou communs. On estime sa capacité de rétention maximum de l’ordre de 1500 m3. Un aqueduc enterré de type romain traversait la clairière et alimentait notamment des latrines dans plusieurs bâtiments. 

‍L’eau en surplus poursuivait sa route au nord et alimentait un grand étang situé en forêt au nord. Cet étang n’est plus fonctionnel. 

‍Par un second réseau, ledit réservoir, alimente un long bassin situé au nord-est en aval du cloître et servait à l’élevage des alvins. Ce bassin est traversé d’un large pont donnant accès à la porterie. Nous estimons qu’ils ont été mis en œuvre dès la fin du XIIe siècle. C’est à cette époque qu’a également été tracé en forêt ce qui est connue aujourd’hui sous le nom d’Allée de la Brosse, et qui a longtemps été nommée l’Allée Neuve, puis l’Allée de Cîteaux. Cette allée fortement encaissée, dite de la Brosse, porte aujourd’hui le nom d’une grange de l’abbaye située à une demie-lieue de l’abbaye. Nous reviendrons sur ces points dans d’autres chapitres.

‍Entièrement maçonné, ce bassin situé dans la Grande clôture était muni d’une pêcherie et de deux bondes placées à chaque extrémité pour réguler son niveau. La bonde au nord dirigeait l’eau vers l’étang décrit plus haut. Par la bonde située au sud l’eau était canalisée par des fossés vers deux autres étangs situés à l’est de ladite Allée Neuve.

‍Le second point de convergence des drains forestiers au niveau du mur d’enceinte est situé trois cent mètres plus au sud par rapport au premier point. Il fournit en eau de pluie (encore aujourd’hui) une sorte de ru aménagé traversant la clairière au creux d’une petite vallée. Une pièce d’eau artificielle au sein de la clairière est alimentée par ce Ruisseau. Possiblement, celle-ci pouvait être utilisée comme abreuvoir pour des animaux d’élevage, de trait ou de monte. A la sortie de la clairière, ce ru poursuit sa route en forêt et alimente les deux étangs en cascade (dont un toujours en eau) évoqués plus haut. Ces deux lignes d’étang et l’allée en forêt partant de la porterie sont parallèles.  

‍Pêcherie et lignées d’étangs en cascade

‍Ces réservoirs, bassins, étangs et barrages sont tous artificiels. Bassins et étangs étaient principalement destinés à la pisciculture ; la vente des poissons constituant une source de revenu pour la communauté. Ils étaient consommés par les religieux uniquement lors de quelques fêtes dans l’année.

‍Ce système hydraulique fonctionne encore en partie aujourd'hui. C’est un patrimoine fragile qui est mis à mal au fil des ans par l'intervention sans précaution et aux saisons humides d’engins mécaniques forestiers toujours plus gros et puissants. 

‍A noter également, qu’un troisième réseau, sans être relié à ceux passant par la clairière de Cîteaux, mais lié à l’abbaye, convergeaient en forêt au niveau de la grange de Pommereau et alimentait trois étangs en cascade.

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